Le lac s’étend, miroir gris et silencieux, sous un ciel trop pâle pour être beau. Ils marchent, lui et elle, côte à côte, sans se toucher. Les feuilles mortes crissent sous leurs pas, comme des souvenirs qu’on écrase sans le vouloir. L’automne a posé sa main froide sur les épaules du monde, et le vent murmure des mots qu’ils ne s’osent plus se dire.
L’Eau qui Porte les Choses qu’on Ne Dit Pas
Elle regarde l’eau. Noire, profonde, indifférente.
"On dirait qu’elle sait tout, et qu’elle ne jugera jamais", pense-t-elle.
Lui, les mains dans les poches, fixe l’horizon comme s’il y cherchait une réponse, ou peut-être juste une échappatoire. Les vagues léchent la rive avec une lenteur cruelle, comme si le temps lui-même avait décidé de ralentir pour leur rappeler ce qu’ils fuient.
"Tu te souviens, l’été dernier ?"
Sa voix est trop légère, presque tremblante, comme si les mots pouvaient se briser avant d’atteindre l’air.
Il hoche la tête, mais ne répond pas. Certains souvenirs sont trop lourds pour les mots.
Les Bancs Vides et les Promesses Oubliées
Ils s’assoient sur un banc de bois, usé par les années et par d’autres amours, peut-être. Le lac respire. Elle serre son écharpe contre elle, comme pour se protéger de quelque chose qui n’est pas le froid. Lui, il regarde ses chaussures, tachées de boue et de regrets.
"On aurait dû venir plus souvent", murmure-t-elle.
"Oui", répond-il, et ce simple mot sonne comme une condamnation.
Le lac, lui, ne répond pas. Il se contente de refléter leurs silhouettes, floues, comme des ombres qui hésitent à disparaître.
Les Oiseaux qui Savent Tout
Un oiseau passe, noir et solitaire, traçant une ligne dans le ciel gris. Elle le suit des yeux, comme si lui, au moins, pouvait lui montrer le chemin.
"Tu crois qu’ils sont heureux, les oiseaux ?"
Il sourit, un sourire triste, celui qu’on réserve aux questions sans réponses.
"Ils volent. C’est déjà plus que nous."
Le vent se lève, froid et honnête. Il soulève les cheveux d’elle, comme pour lui rappeler qu’elle est encore là, encore vivante, encore capable de sentir quelque chose.
Le Retour, ou l’Illusion du Mouvement
Ils se lèvent enfin. Le soleil, timide et distant, commence à descendre derrière les collines. Ils marchent à nouveau, mais cette fois, leurs pas ne font plus de bruit. Comme si le lac avait avalé leurs voix, leurs doutes, leurs petites trahisons du quotidien.
"On rentre ?"
"Oui."
Et c’est tout.
Pas de promesses. Pas de larmes. Juste le poids des choses non dites, et le lac, toujours là, à tout savoir sans jamais parler.