Personnage 2
24/08/2026
Le silence de l'appartement était plus lourd que d'habitude. Ses colocataires étaient sortis sans lui adresser la parole, laissant derrière eux une atmosphère glaciale qui pesait sur ses épaules fatiguées. Meera était assise à même le sol de sa chambre, le dos appuyé contre le pied de son lit, ses doigts tachés de peinture à l'huile tenant son téléphone à bout de bras.
**23 h 58.** Le curseur du client mail tournait en boucle. Un rafraîchissement. Deux rafraîchissements.
À la troisième tentative, l'écran s'illumina d'un nouveau message.
> **Objet :** Décision du jury — Bourse de Création et de Recherche Artistique
> **De :** Fondation Nationale des Arts Visuels
Son cœur raté un battement. Une boule de chaleur et de terreur mélangées s'installa au creux de son estomac. Pendant des semaines, elle avait sacrifié son sommeil, sa santé et la paix dans son logement pour cette unique opportunité. Tout son travail — cette installation monumentale qui lui avait coûté ses économies et sa tranquillité — se résumait désormais à ces quelques lignes de texte sur un écran rétroéclairé.
Elle posa le téléphone à plat sur son genou, hésitant à ouvrir le message. Ses yeux piquaient d'épuisement. Si la réponse était négative, comment justifierait-elle les disputes avec ses proches, la vaisselle accumulée, les nuits blanches à faire trembler le plancher ?
Prenant une profonde inspiration saturée d'odeur de solvant, elle tapota la notification.
Son regard balaya frénétiquement les premiers mots :
*« Mademoiselle, nous avons le plaisir de vous informer que le jury a retenu votre projet... »*
Le reste de la phrase devint flou. **Sélectionnée. Elle l'avait.**
Une bouffée d'adrénaline pure traversa ses veines, balayant instantanément la fatigue de ces derniers mois. Un rire nerveux, presque inaudible, s'échappa de ses lèvres. Elle relut le paragraphe trois fois pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une hallucination due au manque de sommeil. La bourse garantissait non seulement le financement complet de ses prochaines créations pour un an, mais aussi un atelier individuel. Plus besoin d'encombrer le salon commun, plus besoin de s'excuser d'exister au milieu de ses toiles.
Elle laissa tomber sa tête en arrière contre le matelas. Le soulagement était immense, mais dans la pièce d'à côté, le silence de l'appartement vide lui rappela aussitôt le prix de cette victoire. Il allait falloir reconstruire les ponts brisés, s'excuser auprès de ses colocataires et réapprendre à vivre hors de la frénésie de la création.
Mais ce soir-là, pour la première fois depuis des mois, Meera ferma les yeux avec la certitude d'avoir fait le bon choix.